Le prix de l’information



À l’heure des journaux gratuits et des portails Internet, le prix de l’information écrite, qui avait su jusqu’à tout récemment se monnayer en argent sonnant (contrairement à ses homologues de la télé et de la radio), semble se rapprocher de plus en plus du zéro à mesure que le tirage des médias imprimés recule. Parallèlement, la radio et la télévision se monnaient de plus en plus. Les radios satellites comme Sirius et XM, de même que l’essor des chaînes de télévision spécialisées illustrent le phénomène. Or, ce n’est pas de l’information, mais le plus souvent du divertissement qui se monnaie ainsi.

La situation nous amène à se questionner sur le prix de l’information, qui se fixe d’une manière bien différente de celui de la farine, du lait et des voitures. Le prix de l’information est celui que chaque consommateur est prêt à débourser pour l’obtenir. C’est la raison pour laquelle un journal comme le Wall Street Journal ou des magazines d’industrie comme Livre d’ici (où je travaille) ou le Bulletin des agriculteurs peuvent se monnayer et même, vendre leurs abonnements plutôt cher. D’ailleurs, Rupert Murdoch, qui voulait rendre gratuit le Wall Street Journal sur Internet, est récemment revenu sur sa position et a même annoncé que le prix des abonnements augmenterait. Les abonnés de ce type de publications pourraient perdre de l’argent s’ils ne l’étaient pas et, mieux encore, peuvent aller chercher d’autres revenus grâce à l’information qu’ils achètent en s’abonnant.

Le pape est mort

Dans les faits, la nature du prix de l’information est d’être relative. Par exemple, si le pape décédait ce matin, l’annonce officielle du Vatican serait reprise dans la seconde par AFP, Reuters et compagnie, lesquelles agences publieraient une phrase annonçant la mort du pape tout en précisant que la nouvelle complète serait publiée prochainement. Dans les minutes qui suivraient, une rétrospective de la vie du pape, qui a déjà été rédigée en prévision de sa mort, serait ajoutée au texte et, si l’information était disponible, des précisions sur les circonstances de la mort du souverain pontife.

Le prix de cette information se rapprocherait de zéro, parce que toutes les agences de presse, les chaînes d’information en continu et les portails Internet l’annonceraient en même temps. Si toutefois la même information, celle de la mort du pape, venait à l’oreille d’un important courtier, informé par une source crédible du Vatican quelques minutes avant l’annonce officielle, l’information pourrait valoir une fortune. Le courtier pourrait, par exemple, vendre sa position dans une entreprise dans laquelle la banque du Vatican était sur le point d’investir massivement.

Pour revenir à nos moutons, l’information payante sera réservée dans l’avenir aux publications spécialisées et aux contenus exclusifs. Pour ce qui est de l’information qu’on retrouve dans un quotidien généraliste, elle est sera sans aucun doute gratuite et cela, même le vénérable New York Times l’a compris.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il ne s’agit pas d’un grand changement pour les quotidiens généralistes, car leurs revenus de tirage (les ventes d’exemplaires et d’abonnements) ont toujours été absorbés par les énormes frais d’impression, de distribution et de gestion d’abonnement. La cause de la crise que vivent certains quotidiens généralistes est moins grave : il s’agit d’un déséquilibre entre le prix de la publicité imprimée, surévaluée par les annonceurs, et celui de la publicité en ligne, sous-évaluée par ces derniers. La vache maigre des bons quotidiens généralistes devrait ainsi se régler dès que les agences de pub et les annonceurs se réajusteront… et le processus est déjà en cours.

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